L'Allocation Universelle : utopie ou nécessité ?

Devant la montée du chômage et l'étendue de la pauvreté, il semble maintenant essentiel de trouver une répartition des revenus différente de ce qu'elle a été jusqu'à présent. Et la solution semble se dessiner dans ce qu'on appelle " l'Allocation Universelle"

 Elaborée par Thomas More en 1515, puis reactualisée par Thomas Paine en 1796, l'idée serait de distribuer à tous les individus, de leur naissance à leur mort, un revenu forfaitaire et égal pour tous.

 Tout d'abord il faut bien comprendre que cette allocation serait universelle, c'est à dire qu'elle remplacerait toutes les allocations existantes : finies les allocations chômage, les allocations familiales, les assurances retraite, les bourses étudiantes et toutes les aides existantes.

 Seule l'assurance santé serait préservée.

 Ensuite, elle serait distribuée à tous les Français sans distinction de revenus, de fortune ni de rang social. Elle serait donc pleinement égalitaire.

 Dans son livre "L'argent des français", Jacques Marseille l'évalue à 375 euros par mois jusqu'à l'âge de 18 ans, puis à 750 euros mensuels jusqu'au décès.

 L'impact d'une telle mesure serait remarquable.

 D'abord, sur un plan purement personnel, elle permettrait à chacun de surmonter la hantise permanente de perdre son emploi et de se retrouver sans aucun revenu. Elle favoriserait l'esprit d'entreprise, la liberté de quitter son emploi pour un autre, ou de créer son propre emploi. Elle permettrait de gérer sa vie en toute sérénité et de s'accorder des congés parentaux ou des congés sabbatiques, ou encore de reprendre des études ou une formation professionnelle en toute liberté.

 Sur le plan financier, elle serait aussi très avantageuse. A titre d'exemple, un couple avec deux enfants percevrait ainsi 2250 euros, ce qui est bien plus appréciable que les actuelles allocations familiales.

 En ce qui concerne le chômage ou la retraite, bien sûr l'allocation universelle semble moins généreuse que le dispositif actuel, mais si l'on tient compte du fait qu'on l'a perçue même en pleine activité alors qu'on n'en avait nul besoin, elle demeure, de par son cumul, très intéressante (bien sûr il appartiendra à l'allocataire de la mettre de côté en période prospère pour mieux l'utiliser en période de vaches maigres)

 Certains vont sans doute se demander comment l'Etat-Providence pourrait financer une telle contribution.

 Il faut savoir que le coût n'en sera pas plus élevé que par l'actuel gaspillage actuel. En 2007, l'ensemble des prestations de protections sociales versées aux Français a représenté 578 milliards d'euros… pas toujours versés à bon escient. L'allocation universelle quant à elle représenterait 510 milliards d'euros…!

 En outre, une telle allocation permettrait de résoudre le problème, bientôt insoluble, de notre vieux système de retraite par répartition.  Alors que le ratio était de 1500 travailleurs pour 100 retraités à sa création en 1945, il ne sera plus que de 120 cotisants pour 100 retraités en 2050 ! C'est à dire que ce système est condamné à très brève échéance et qu'il est urgent de lui trouver un palliatif.

 Enfin, il va sans dire que l'application d'une telle mesure permettrait une économie considérable avec la suppression de tous les services administratifs inhérents à la gestion, aux versements et aux contrôles de toutes les allocations actuelles.

 Quels seraient donc les inconvénients de l'Allocation Universelle ?

 1) Tout d'abord, sa mise en place représenterait un travail de titan. Le passage de l'ancien système vers le nouveau devrait être extrêmement progressif afin de ne léser ni favoriser personne. Car si l'allocation universelle n'est intéressante que parce qu'elle est perçue toute la vie durant, comment l'appliquer soudainement à un retraité ou à un chômeur de 50 ans qui a cotisé toute sa vie ? Il y aura là des calculs d'une compléxité extrême à effectuer pour que chacun s'y retrouve.

 2) Les Français auraient à gérer eux-mêmes leur allocation et, comme nous l'avons dit plus haut, devraient savoir investir en période prospère pour en profiter en période difficile. Mais toute la question est de savoir s'ils en auront la faculté ?

Certains ne risquent-ils pas de dilapider leur revenu pour se retrouver démunis à l'âge de la retraite ou en cas de chômage persistant ? Le danger ne sera-t-il pas de devoir les assister encore à ce moment et de revenir progressivement au dispositif antérieur ?

 3) Nous savons que nos compatriotes sont pour la plupart totalement hostiles à toute réforme et qu'ils n'admettent que les mesurettes proposées par nos gouvernants successifs, et encore !

Il est donc à parier qu'une telle proposition provoquerait une polémique phénoménale et qu'il faudrait des décennies avant d'en faire accepter la moindre ébauche.

 4) Sa mise en application provoquerait le licenciement des milliers de fonctionnaires occupés à gérer les caisses existantes (Assedic, ANPE, CAF, CNAV, etc…) Mais le progrès technique chasse aussi les employés du privé sans que personne n'y trouve à redire…

 5) Enfin, dernier inconvénient et non le moindre : sachant que nos gouvernants sont élus pour des périodes très brèves et qu'ils sont jugés sur des résultats à très court terme, quel homme politique acceptera de s'engager dans une réforme dont on ne verra les bienfaits que bien après son mandat ?  

 

                                                                                                                                                                                                                   G Denamps

 

Source : Jacques Marseille "L'argent des Français" aux éditions Perrin

Article publié en 2009.



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