A quoi sert la monnaie ?

La fable des 3 banquiers

Trois banquiers en croisière font naufrage et échouent sur une île déserte.

Très rapidement ils s'organisent pour survivre et chacun s'active selon ses compétences. Le plus bricoleur construit des instruments de pêche, des arcs et des flèches, ce qui permet au plus adroit de pêcher et au plus rapide de chasser.

Au bout de quelques mois leur survie est assurée. Ils s'entendent bien, ils peuvent s'abriter et se nourrir convenablement, mais, l'ennui commençant peu à peu à se faire sentir, ils décident de mettre à profit leurs connaissances financières et de se distraire en recréant une micro-société. Ils établissent donc les règles économiques de base qui remplaceront le troc auquel ils se livraient jusqu'alors.

Ainsi, il est convenu que le chasseur revendra son gibier aux deux autres, le pêcheur revendra son poisson et le bricoleur louera ses outils de pêche et de chasse. En outre, pour corser l'affaire et la rendre plus conforme à la réalité, ils créent une mini-banque entre deux rochers où ils déposeront leurs avoirs (et ils décident même de jeter régulièrement quelques billets à l'eau pour simuler l'impôt et le gaspillage étatique…) Tout est en place, les barêmes de départ son fixés et les accords sont signés. L'expérience peut donc commencer.

D'un geste solennel, les trois amis mettent donc la main à la poche pour lancer le processus mais… horreur ! Ils s'aperçoivent que, hormis quelques piècettes en vrac, ils ont perdu leurs portefeuilles dans le naufrage. Ils sont ruinés !!!

Aussitôt, le bricoleur reprend ses filets, ses arcs et ses flèches puisque personne ne peut lui en payer la location. Privés de leurs accessoires, le chasseur et le pêcheur ne peuvent donc plus rapporter de nourriture et n'ont plus rien à vendre. En un clin d'œil, ils font tous faillite.

C'est donc la crise ! Ils ont faim, ils ont froid, ils dépriment, mais que faire ? Comment s'en sortir ?

Les trois malheureux tentent alors d'obtenir une avance de fonds auprès de leur banque entre les deux rochers mais la confiance n'est plus là et aucun ne veut accorder le moindre crédit aux deux autres. C'est sans solution.

Alors, acculé par la misère, chacun compte ses piécettes et tente de survivre en s'adaptant à ses maigres moyens financiers.

Les échanges s'amenuisent, à hauteur des liquidités disponibles : quelques centimes par-ci, un minuscule poisson par là, une vieille flèche émoussée par-ci, un peu de viande avariée par là… Les piécettes circulent, véhiculant un commerce dérisoire et sans essor…

C'est la récession dans toute sa splendeur !

                    

 Cette fable vous a semblé bien sûr totalement incongrue puisque, logiquement, les trois naufragés auraient dû avoir le réflexe, soit de modifier la valeur de leur monnaie, soit de se créer une monnaie de substitution sous forme de coquillages ou n'importe quoi d'autre.

En un mot, leur masse monétaire étant incompatible avec leur productivité, ils doivent la réévaluer ou la compléter, il n'y a pas d'autre alternative !

Cette fable semble donc fantaisiste, mais, en y regardant de plus près, est-elle si loin de la réalité ?

Car lorsqu'on observe notre crise économique, on a véritablement l'impression que partout dans le monde, c'est le manque d'argent qui bloque le commerce et empêche tout investissement.

Pourquoi ? Parce que notre crise n'est pas une crise de productivité. Nous ne manquons ni de main d'œuvre ni de moyens de production. Nous n'avons jamais été aussi riches, en terme de technologies et d'efficacité. Comme dans la fable, ce ne sont pas les richesses ni les moyens techniques qui nous manquent, c'est seulement l'argent.

Et comme dans la fable, nous préférons fermer nos usines et nous laisser mourir de faim plutôt que d'adapter notre flux monétaire à notre flux de production…

Article publié en 2009.

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